Carmel de la Trinité
Metz-
Plappeville
Bienvenue
Dieu semble n’attendre que d’être aimé pour AIMER.(Ste Thérèse d'Avila-Fondations 3,18)

Etchegaray.jpg 

Cardinal Roger Etchegaray

Partage de mes lectures, Extraits du chapitre 21  dans
"J'ai senti battre le coeur du monde"    Fayard 2007 Conversation avec Bernard Lecomte

 
Je suis né à Jérusalem

 

p. 356Le chrétien aurait-il nécessairement besoin du juif ?
D’emblée je réponds oui, un oui franc et massif ! Un oui qui exprime un besoin vital et comme viscéral. Pour moi, le christianisme ne peut se penser sans le judaïsme, il ne peut se passer du judaïsme. Dès le début de son pontificat, à Mayence, le 12 mars 1979, le Pape Jean-Paul II avait osé déclarer : « Nos deux communautés religieuses sont liées au niveau même de leur propre identité. »Jerusalem_murouest.jpg
J’ai aussi en mémoire –j’étais présent-ses paroles fulgurantes à la grande synagogue de Rome, le 13 avril 1986 : « La religion juive ne nous est pas « extrinsèque », mais en un certain sens, elle est « intrinsèque » à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et, dans un certain sens, nos frère aînés. »
De telles paroles, n’ont rien de nouveau ni d’audacieux. Elles s’inspirent de l’image paulinienne, dans l’Epître aux Romains, de l’olivier franc qu’est Israël sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les païens. St. Paul s’exclame devant le pagano-chrétien : « Ne fais pas le fier, ce n’est pas toi qui porte la racine, c’est la racine qui te porte ! » C’est donc le juif qui me porte. Au cours des siècles les chrétiens ont vécu comme s’ils avaient oublié leurs racines…
Ce qui me bouleverse aujourd’hui, c’est de voir la persistance du peuple juif malgré tous les pogromes, sa survivance après les fours crématoires. N’y a-t-il pas là le témoignage irrécusable d’une vocation permanente, d’une signification actuelle pour le monde, mais t au sein même de l’Eglise ?
Bien plus que de découvrir la richesse d’un patrimoine commun, il s’agit de scruter dans le dessein de Dieu la mission que le judaïsme peut avoir encore aujourd’hui à remplir.
Autrement dit, pour l’Eglise, la pérennité d’Israël n’est pas seulement un problème de relations extérieures à développer, mais un problème intérieur à approfondir qui touche à son être propre. Le chemin sur lequel nous sommes est une ligne de crête, il est encore peu exploré en exégèse et en théologie…
Le Cardinal Lustiger…dans une conférence à Cologne, en 2005, pour le 40ème anniversaire de Nostra Aetate, avait dit : « Qui ne sent que les tensions peuvent être d’autant plus fortes et douloureuses que les points d’accord et de communion sont plus riches et, finalement, plus solides ? Dès le moment où nous sommes de la même racine, toute tension est vécue comme la naissance d’une blessure, d’un refus du possible; si elle peut aussi être vécue dans l’espérance d’une lumière et d’une fécondité toujours plus grande. »__toile_juive.jpg
C’est bien de ce côté-là, me semble-t-il, qu’il nous faut avancer, sinon le dialogue juifs-chrétiens demeurera superficiel, court de part et d’autre, plein de restrictions mentales. Le dialogue entre juifs et catholiques sort à peine de l’âge des cavernes, et nous sommes encore trop timides dans des rencontres trop rares. « Quand le juif paraîtra devant le trône céleste, expliquait le philosophe allemand Franz Rosenzweig, il ne lui sera posé qu’une seule question : « As-tu espéré en la rédemption ? » Toutes les autres questions sont pour vous chrétiens. D’ici là, préparons-nous ensemble dans la fidélité à comparaître devant notre juge. »
Je rêve d’un nouveau Sinaï, je ne sais où, d’une montagne sainte gravie ensemble-et là-haut, devant la face de Dieu, sans broncher, nous serions entièrement occupés, comme dans une nuit d’éclairs, à recevoir l’eau et le feu de sa Parole purificatrice…
Juifs et chrétiens, nous sommes suspendus à la même Parole de Dieu, et les seuls à pouvoir l’annoncer aux hommes, témoins de la même promesse de salut pour l’humanité. Ce qui est essentiel, c’est de nous entrecroiser ensemble autour du Messie, comme l’a évoqué Edmond Fleg dans Ecoute Israël :
rabbin_et_pape.jpgEt maintenant tous deux vous attendez
Toi qu’il vienne, et toi qu’il revienne;
Mais c’est la même Paix que vous lui demandez
Et vos mains, qu’il vienne ou qu’il revienne,
Dans le même amour vous les lui tendez !
Qu’importe donc ? De l’une ou l’autre rive
Faites qu’il arrive !
Faites qu’il arrive !